PIÈCE N° G-17 — CAHIER DES GUIDESOBJET : SAVOIR-FAIRE BTPÉTABLI PAR BATIASSIST

Exécution & trésorerie · 2026

Retenue de garantie : récupérer vos 5 %

Sur un lot à 180 000 €, la retenue de garantie représente 9 000 € que vous avez déjà gagnés et que vous ne toucherez pas avant un an. Ce n'est pas une pénalité, ce n'est pas une avance, ce n'est pas de l'argent perdu : c'est votre trésorerie, immobilisée. Le problème, c'est qu'elle ne revient presque jamais toute seule — et que la moitié des entreprises ignorent les deux règles qui la font revenir.

Ce que la retenue retient, exactement

La retenue de garantie est une fraction de chaque paiement que le maître d'ouvrage conserve pour garantir l'exécution des reprises : la levée des réserves formulées à la réception, et les désordres qui apparaîtraient pendant l'année de parfait achèvement. Trois précisions qui changent la façon de la traiter :

  • Elle se prélève au fil de l'eau, sur les acomptes, les situations et le solde — pas en une fois à la fin. Chaque situation part donc amputée de 5 %, et c'est cumulé que le montant devient sérieux.
  • Ce n'est pas une sanction. Elle n'a rien à voir avec les pénalités de retard, qui se déduisent, elles, définitivement. La retenue est due : la question n'est pas si vous la touchez, mais quand.
  • Elle est plafonnée, et le plafond n'est pas négociable à la hausse. Une clause qui prévoit 10 % ne rend pas 10 % exigibles : elle est irrégulière pour le surplus, et la part excédentaire reste due.

Public ou privé : deux régimes, deux réflexes

C'est la distinction la plus utile du sujet, et celle qu'on saute le plus souvent. Le mot est le même, le mécanisme est différent — surtout sur l'endroit où l'argent est censé se trouver.

 Marché publicMarché privé
Texte applicableCode de la commande publique, art. R. 2191-32 et suivantsLoi n° 71-584 du 16 juillet 1971
Plafond5 % — ramené à 3 % pour les PME sur les marchés de l'État, de ses établissements publics administratifs et des collectivités territoriales5 % du montant des travaux
Où va l'argentConservé par l'acheteur public : la garantie tient à la solvabilité publiqueConsigné obligatoirement chez un tiers consignataire, extérieur au maître d'ouvrage
Durée1 an à compter de la réception, expiration de la garantie de parfait achèvement1 an à compter de la réception
Pour s'y opposer, le maître d'ouvrage doit…Notifier les réserves non levées dans les formes du marché avant l'expiration du délaiNotifier son opposition par LRAR au consignataire (ou à la banque caution) dans l'année ; après, plus aucune opposition n'est possible
Substitution possibleGarantie à première demande ; ou caution personnelle et solidaire si l'acheteur ne s'y oppose pasCaution bancaire, si le marché ou un avenant le prévoit
Le réflexe PME en marché public : vérifiez le taux inscrit au CCAP. Si vous êtes une PME et que l'acheteur relève de l'État, d'un de ses établissements publics administratifs ou d'une collectivité territoriale, le plafond est de 3 %, pas 5 %. Sur un marché à 400 000 €, l'écart entre 3 % et 5 % représente 8 000 € de trésorerie — pour une ligne à relire au moment de la remise d'offre, pas un an plus tard.

Le point que presque personne ne fait valoir

En marché privé, la loi de 1971 met deux obligations à la charge du maître d'ouvrage, et l'entreprise n'en connaît généralement qu'une. La première : rendre l'argent au bout d'un an. La seconde, largement ignorée : consigner cet argent, dès le prélèvement, entre les mains d'un tiers.

Ce tiers consignataire doit être accepté par les deux parties, ou à défaut désigné par le président du tribunal de commerce. Et surtout, il doit être extérieur au maître d'ouvrage : garder la somme sur son propre compte, même isolée, même identifiée en comptabilité, n'est pas une consignation.

La conséquence est brutale, et elle joue en votre faveur : le seul défaut de consignation entraîne la libération de la garantie au profit de l'entreprise. Autrement dit, si le maître d'ouvrage n'a jamais consigné — ce qui est le cas le plus fréquent en marché privé de rénovation —, il n'a plus de retenue à opposer, et la somme est due. La question à poser par écrit, dès la première situation retenue, tient en une ligne : « Merci de m'indiquer le nom et les coordonnées du consignataire auprès duquel la retenue de garantie est déposée. » La réponse — ou l'absence de réponse — vaut dossier.

La caution : rendre les 5 % disponibles tout de suite

La retenue peut être remplacée par une garantie financière. L'ouvrage reste garanti, le maître d'ouvrage garde son recours, mais l'argent ne sort plus de votre trésorerie : c'est un établissement financier qui s'engage à sa place. Deux formes, qui ne se valent pas.

  • La garantie à première demande. Le garant paie sur simple appel, sans discuter le fond. Très favorable au maître d'ouvrage, plus chère pour vous, et plus dangereuse : elle se déclenche même quand le litige est contestable.
  • La caution personnelle et solidaire. Le garant peut opposer les exceptions tirées du marché. En marché public, elle n'est admise que si l'acheteur ne s'y oppose pas — ce qui se vérifie au CCAP avant de bâtir dessus.

Le calcul est simple à poser : la substitution coûte une commission bancaire annuelle, généralement quelques dixièmes de pour cent de l'encours garanti. À comparer à ce que vous coûte, en découvert ou en affacturage, l'immobilisation des 5 % pendant douze mois. Sur un marché de taille moyenne, la caution est presque toujours moins chère que le trou de trésorerie qu'elle bouche.

Le moment compte plus que le principe. La substitution se demande à la signature, quand le marché n'est pas encore signé et que vous avez encore de quoi négocier. Demandée après la réception, elle n'a plus d'objet : il ne reste que quelques mois à couvrir, et le maître d'ouvrage n'a aucune raison d'accepter un avenant qui ne lui apporte rien.

Le calendrier qui décide de tout

La retenue est un dossier de dates, pas d'arguments. Voici les cinq qui commandent, et ce qu'il faut avoir en main à chacune.

MomentCe qui se joueLa pièce à sécuriser
Signature du marchéTaux de la retenue, possibilité de substitution par cautionCCAP / conditions particulières — taux relu et négocié
Chaque situationPrélèvement effectif de 5 % (ou 3 %)Situations et décomptes — montant retenu tracé ligne à ligne
RéceptionLe compteur d'un an démarre ici, pas à la fin des travauxPV de réception daté et signé — la pièce maîtresse du dossier
Levée des réservesFait tomber le motif de rétentionPV de levée, réserve par réserve, numéros conservés
Réception + 1 anRestitution exigible ; faute d'opposition régulière, plus rien ne la bloqueDemande écrite de mainlevée, envoyée sans attendre d'être relancé

Un point de méthode qui vaut de l'argent : la date qui compte est celle du procès-verbal de réception. Ni la date de fin de chantier, ni celle de la dernière facture, ni celle du décompte général. C'est pour cela qu'un PV de réception mal daté, ou jamais formalisé, est le vrai risque du dossier : sans point de départ, il n'y a pas d'échéance à opposer.

Quand le maître d'ouvrage ne rend rien

Le scénario le plus courant n'est pas le refus : c'est le silence. L'année passe, personne ne réclame, la somme reste où elle est. La séquence qui fonctionne est courte et se mène par écrit.

  1. Reconstituer le dossier avant d'écrire. PV de réception, PV de levée des réserves, situations faisant apparaître les retenues, décompte. Un courrier envoyé sans ces pièces se fait répondre « quelles réserves ? » et vous fait perdre un mois.
  2. Demande de mainlevée, simple et datée, adressée au maître d'ouvrage : date de réception, montant retenu, réserves levées, montant réclamé.
  3. Mise en demeure par LRAR si rien ne vient. C'est elle qui fait courir les intérêts et qui constitue la preuve utile ensuite.
  4. En marché privé, écrire aussi au consignataire — et si le maître d'ouvrage ne peut en désigner aucun, faire constater par écrit qu'aucune consignation n'a été faite. C'est le levier le plus efficace du dossier, et le moins utilisé.
  5. En marché public, la réclamation suit la procédure prévue au marché (mémoire en réclamation) avant toute saisine du juge : sauter cette étape fait perdre le recours, pas seulement du temps.
Ne laissez pas la retenue au décompte. Une retenue non réclamée finit absorbée par le décompte général : une fois celui-ci devenu définitif, elle n'est plus une créance à réclamer, elle est un solde accepté. C'est le mécanisme par lequel la majorité des 5 % se perdent — non pas contestés, simplement jamais demandés.

Les six erreurs qui coûtent les 5 %

  • Ne pas relire le taux au CCAP. PME sur marché d'État ou de collectivité : le plafond est de 3 %. Payer 5 % parce que personne n'a lu la ligne est une perte sèche de trésorerie.
  • Ne jamais demander le nom du consignataire en marché privé. Une question posée au bon moment transforme un dossier incertain en dossier gagné.
  • Demander la caution après la réception. Trop tard : elle se négocie à la signature.
  • Ne pas dater le PV de réception, ou se contenter d'une réception tacite non écrite. Sans point de départ, le délai d'un an ne s'oppose à personne.
  • Confondre levée des réserves et restitution. Réserves levées ne veut pas dire argent rendu : la mainlevée se demande, explicitement.
  • Attendre d'être relancé. Aucun maître d'ouvrage ne rembourse spontanément une somme que personne ne lui réclame. La demande de mainlevée se met à l'échéancier le jour de la réception, pour J + 1 an.

Ce que le dossier doit contenir, le jour où vous réclamez

Si ces six pièces sont réunies, la discussion est courte. Si l'une manque, elle dure des mois.

  • Le marché signé et le CCAP, avec le taux de retenue et la clause de substitution ;
  • Les situations et décomptes, retenue apparente ligne à ligne — c'est ce qui prouve le montant ;
  • Le PV de réception daté — c'est ce qui prouve l'échéance ;
  • Le PV de levée des réserves, numéros conservés depuis la réception ;
  • Le justificatif de consignation (marché privé) ou l'acte de caution ;
  • La demande de mainlevée et son accusé de réception.

Vos pièces de marché relues avant de signer

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Questions fréquentes

Quel est le montant maximum d'une retenue de garantie ?

5 % du montant du marché, avenants compris, en public comme en privé. En marché public, ce plafond est ramené à 3 % pour les PME sur les marchés de l'État, de ses établissements publics administratifs et des collectivités territoriales. Une clause prévoyant davantage est irrégulière pour le surplus : la part excédentaire reste due.

Quand la retenue doit-elle être restituée ?

Au plus tard un an après la réception, à l'expiration de la garantie de parfait achèvement. Le point de départ est la date portée au PV de réception — pas la fin réelle des travaux, pas la date du décompte. Passé un an sans opposition régulière, plus rien ne fonde la rétention.

Mon client doit-il consigner la retenue en marché privé ?

Oui. La loi du 16 juillet 1971 lui impose de déposer la somme chez un tiers consignataire, accepté par les deux parties ou désigné par le président du tribunal de commerce, et extérieur à lui-même. Conserver l'argent sur son propre compte n'est pas une consignation, et ce seul défaut entraîne la libération de la garantie à votre profit.

Ai-je intérêt à remplacer la retenue par une caution ?

Le plus souvent oui : la commission bancaire annuelle coûte généralement moins cher que douze mois d'immobilisation de 5 % de votre chiffre d'affaires. Deux réserves : la garantie à première demande se déclenche sans discussion et vous expose davantage qu'une caution personnelle et solidaire ; et la substitution se négocie à la signature, pas après la réception.

Le maître d'ouvrage ne rend rien : que faire ?

Réunir le dossier (PV de réception, PV de levée, situations, décompte), envoyer une demande de mainlevée, puis une mise en demeure en LRAR. En marché privé, écrire en parallèle au consignataire — ou faire constater qu'il n'en existe aucun. En marché public, passer par la réclamation prévue au marché avant toute saisine du juge. Les sommes retenues à tort portent intérêts.

Pour aller plus loin : réserves de réception : numéroter, notifier, lever · réception, DGD et garanties · pénalités de retard dans les marchés de travaux · sous-traitance et DC4.

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