Maîtrise d'œuvre · Préparation de chantier · 2026
Installations de chantier : ce que le lot désigné doit chiffrer, et la ligne de DPGF qui manque
Le CCTP des prescriptions communes est clair : « le lot 01 réalise et entretient la clôture, les branchements provisoires et les cantonnements pendant toute la durée du chantier ». La DPGF du lot 01 commence, elle, à « terrassements en pleine masse ». Pas une ligne pour la base-vie. L'entreprise a chiffré ce qu'on lui a fait chiffrer. Au troisième mois, le premier état du compte prorata arrive chez les autres lots avec une ligne « location bungalows ».
De quoi on parle
Les installations de chantier sont les équipements communs sans lesquels personne ne peut travailler, et qui disparaissent à la fin : rien de ce qui est installé n'est réceptionné par le maître d'ouvrage. C'est précisément ce qui les rend fragiles dans un dossier : elles ne figurent dans aucun ouvrage, donc dans aucun article de CCTP de lot technique, et on les oublie facilement dans la décomposition de prix.
La liste varie selon l'opération, mais on retrouve presque toujours :
- la clôture et les accès : palissade, portails, voie d'accès et zone de livraison, signalisation ;
- les branchements provisoires : eau, électricité (coffret et tableau de chantier), évacuation des eaux usées ;
- la base-vie : vestiaires, réfectoire, sanitaires, bureau de chantier et salle de réunion ;
- les aires : stockage des matériaux, tri des déchets, stationnement des engins ;
- le reste : panneau de chantier, éclairage, protections collectives communes quand elles ne relèvent pas d'un lot technique.
Quatre pièces, quatre questions différentes
Le défaut le plus fréquent n'est pas l'absence d'information, c'est son éparpillement : chaque pièce dit une partie de la vérité, et personne ne vérifie que les quatre parties se rejoignent.
| Pièce | Ce qu'elle dit des installations | Ce qu'elle ne dit pas |
|---|---|---|
| Plan général de coordination (PGC) | L'organisation générale du chantier et les mesures communes de sécurité : voies de circulation, stockage, évacuation des déchets, protections collectives, maintien du chantier en bon ordre et en état de salubrité (Code du travail, art. R4532-44). Il est joint au dossier de consultation. | Qui paie. Le PGC organise, il ne répartit pas les dépenses entre les lots et ne contient aucun prix. |
| CCTP des prescriptions communes (ou CCTP du lot 01) | La consistance : nombre de modules de base-vie, linéaire de clôture, puissance du branchement électrique, durée de mise à disposition. | Souvent rien sur la prolongation, et parfois une attribution qui contredit le CCAP. |
| CCAP | Le lot qui porte chaque installation, ce qui va au compte prorata, et ce qui se passe à la fin (repli, remise en état). | La quantité. Une clause « le lot 01 a la charge des installations de chantier » ne dit ni lesquelles, ni pour combien de temps. |
| DPGF du lot désigné | Le prix. C'est la seule pièce où l'installation devient de l'argent. | Tout ce qu'on a oublié d'y mettre. Une installation sans ligne est une installation que l'entreprise n'a peut-être pas chiffrée. |
Pourquoi le trou apparaît. Le PGC est rédigé par le coordonnateur SPS, les prescriptions communes et le CCAP par la maîtrise d'œuvre, la DPGF souvent par l'économiste, parfois à partir d'un modèle d'une autre affaire. Quatre mains, quatre calendriers. La concordance entre le CCTP qui attribue et la DPGF qui chiffre est rarement vérifiée — c'est pourtant le contrôle le plus rentable de ce guide.
Un cas à part : les VRD préalables
Une partie des installations n'est pas seulement une question de contrat, c'est une obligation réglementaire du maître d'ouvrage. Pour les opérations de bâtiment dont le montant excède 760 000 euros, l'article R4533-1 du Code du travail impose que le chantier dispose, avant l'intervention des entreprises, d'une voie d'accès, d'un raccordement au réseau d'eau potable et au réseau électrique, et d'une évacuation des matières usées — de façon que les locaux du personnel puissent fonctionner conformément aux règles d'hygiène et de sécurité. Les articles suivants détaillent chacun de ces équipements.
Des dérogations exceptionnelles existent — configuration ou isolement du site, absence de réseau à proximité — accordées par l'administration du travail, sous condition de mesures compensatoires et pour une durée fixée (art. R4533-6 et R4533-7).
Ce que ça change pour le dossier : ces travaux doivent être attribués et programmés avant le démarrage, pas découverts par le premier lot qui arrive sur un terrain sans eau ni électricité. Selon les opérations, ils font l'objet d'un marché ou d'un lot préalable, ou sont confiés à un lot désigné avec un démarrage anticipé ; le dossier doit dire lequel, et le planning doit en tenir compte. En cas de doute sur l'application du seuil à une opération donnée, le coordonnateur SPS est le premier interlocuteur.
Ce qui se chiffre, et comment l'écrire
Une installation de chantier coûte à trois moments : quand on l'installe, pendant qu'elle reste, quand on la retire. Une ligne unique « installations de chantier — forfait » mélange les trois, et c'est ce mélange qui produit les litiges de prolongation.
| Installation | Ce qui coûte | La ligne à prévoir |
|---|---|---|
| Base-vie | Transport et pose des modules, location, nettoyage, raccordements, enlèvement. | Amenée et repli au forfait ; location et entretien au mois, avec un nombre de modules et une quantité de mois écrits. |
| Clôture et portails | Fourniture ou location, pose, déplacements en cours de chantier, dépose. | Au mètre linéaire pour la pose, et une ligne distincte si le phasage impose de la déplacer. |
| Branchements provisoires | Demandes aux concessionnaires, travaux de raccordement, coffrets, dépose. | Au forfait par réseau. Les consommations n'ont rien à faire ici : elles relèvent du compte prorata s'il existe. |
| Voie d'accès, aires | Terrassement, empierrement, entretien, remise en état du sol en fin de chantier. | Création au forfait ou au mètre carré, et une ligne explicite de remise en état. |
| Panneau, signalisation, éclairage | Fourniture, pose, mises à jour, dépose. | Au forfait. Petites sommes, mais leur absence de la DPGF est un indice qu'on a recopié un modèle. |
La durée : la quantité qu'on oublie
Une ligne « location base-vie — mois — 14 » n'a de sens que si 14 est la durée du chantier écrite ailleurs, préparation comprise. Si l'acte d'engagement annonce 16 mois, période de préparation incluse, et la DPGF 14, l'écart sera réclamé tôt ou tard. Et si le délai est prolongé en cours de route, la location continue : une ligne au mois permet au moins de savoir ce que coûte un mois de plus. Qui le supporte dépend de la cause du retard et de ce que dit le marché — voir le guide sur les pénalités de retard — mais la question se discute sur un prix unitaire connu, pas sur un forfait opaque.
Ce qui ne doit pas être dans la ligne
- Les consommations (eau, électricité) et le nettoyage courant des installations communes, si le marché prévoit un compte prorata : les mettre aussi dans la DPGF du lot 01, c'est les faire payer deux fois.
- Les installations propres à un lot — le conteneur à outils du plombier, l'échafaudage du façadier — qui restent dans le prix de chaque lot, sauf mise à disposition organisée par le tableau de limites de prestations.
Les symptômes de la ligne qui manque
On repère le trou à la lecture, avant qu'il ne coûte. Cinq indices qui reviennent :
- Le CCTP ou le CCAP attribue les installations à un lot, et la DPGF de ce lot ne contient aucun chapitre « installations de chantier ».
- La DPGF a une ligne unique au forfait, sans quantité ni durée, alors que le CCTP décrit des modules et une durée de mise à disposition.
- Le PGC prévoit un nombre de postes de travail ou d'effectifs en pointe que la base-vie chiffrée ne peut pas accueillir.
- La durée de location ne correspond ni au délai de l'acte d'engagement, ni au planning joint.
- Les consommations figurent à la fois dans la clause de compte prorata et dans la DPGF du lot désigné.
Si vous êtes de l'autre côté de la table. Pour le gros œuvre ou le lot désigné qui remplit la DPGF, le réflexe est simple : chercher dans toutes les pièces ce qu'on vous attribue — prescriptions communes, CCAP, PGC — avant de remplir le cadre de prix. S'il manque une ligne pour une installation qu'on vous impose, posez la question par écrit pendant la consultation, ou chiffrez-la dans la ligne la plus proche en le disant. Une installation ni chiffrée ni signalée, c'est une dépense qu'on ne récupérera pas proprement — et sûrement pas en la glissant au compte prorata, que les autres lots contesteront. Sur la structure du cadre de prix, voir DPGF : la remplir sans se planter.
Relire le dossier : cinq contrôles croisés
- Prescriptions communes ↔ DPGF du lot désigné : chaque installation attribuée a une ligne pour la chiffrer.
- CCAP ↔ prescriptions communes : le même lot est désigné dans les deux pièces — une clause reprise d'une autre affaire désigne parfois un lot qui n'existe plus.
- Clause de compte prorata ↔ DPGF : aucune dépense à la fois au compte et dans le prix d'un lot. Voir ce que le CCAP doit dire du compte prorata.
- Durée de location ↔ acte d'engagement et planning : une seule durée, préparation comprise ou non, mais dite.
- PGC ↔ base-vie chiffrée : les effectifs en pointe et les aires prévues par le PGC tiennent dans ce qui est chiffré.
Ce sont des contrôles de concordance, courts, qui se font avant la diffusion du dossier — la méthode générale est dans relire son DCE avant diffusion.
Ce qu'un outil fait ici — et ce qu'il ne fera pas
Comparer ce qu'une pièce attribue à ce qu'une autre fait chiffrer, c'est de la lecture croisée : le type de lecture que BatiAssist applique quand on lui dépose l'archive complète d'un DCE. Il lit les pièces les unes contre les autres et signale les incohérences qu'il trouve — sans promettre de toutes les trouver, et chaque point relevé reste à confirmer sur la pièce.
Ce qu'il ne fait pas : dimensionner la base-vie, décider s'il faut un lot dédié aux installations, estimer le coût d'un mois de location, ni dire si une opération relève du seuil des VRD préalables. Cela relève de la maîtrise d'œuvre, de l'économiste et du coordonnateur SPS, qui connaissent le site. Un filet à contradictions entre pièces, pas un rédacteur de PGC ni de DPGF.
Vous montez les dossiers ? La démarche côté maîtrise d'œuvre est décrite sur la page économistes, section maîtrise d'œuvre. Une question sur ce que devient un dossier déposé ici ? Sécurité et données.
Vérifier que ce qui est attribué est aussi chiffré
Déposez l'archive complète du DCE : la lecture croisée fait ressortir les incohérences entre CCAP, CCTP, PGC et décompositions de prix. Rien n'est conservé côté serveur. Première analyse offerte, sans carte bancaire.
Faire relire mon DCE →Questions fréquentes
Que comprennent les installations de chantier ?
Les équipements communs qui permettent au chantier de fonctionner : clôture et accès, branchements provisoires d'eau, d'électricité et d'évacuation des eaux usées, locaux du personnel (base-vie), aires de stockage, panneau de chantier, éclairage et signalisation. Leur liste exacte et leur attribution dépendent de ce qu'écrivent les pièces du marché.
Qui paie les installations de chantier ?
Le plus souvent, un lot désigné par le marché — souvent le gros œuvre, ou un lot dédié aux installations de chantier — qui les chiffre dans son offre. Les consommations et l'entretien courant relèvent plutôt du compte prorata, si le marché en prévoit un. Rien de tout cela n'existe par défaut : ce sont les pièces particulières qui le fixent.
Le PGC suffit-il à faire chiffrer les installations de chantier ?
Non. Le plan général de coordination décrit l'organisation générale du chantier et les mesures de sécurité communes ; il ne désigne pas l'entreprise qui paie et ne contient pas de prix. Pour qu'une installation soit chiffrée, il faut qu'un lot en ait la charge (CCAP ou CCTP) et qu'une ligne de sa décomposition de prix permette de la chiffrer.
Que sont les VRD préalables du Code du travail ?
Pour les opérations de bâtiment dont le montant excède 760 000 euros, l'article R4533-1 du Code du travail impose au maître d'ouvrage de faire réaliser, avant l'intervention des entreprises, les voies d'accès et les raccordements en eau potable, en électricité et à l'évacuation des matières usées. Des dérogations exceptionnelles peuvent être accordées par l'administration (articles R4533-6 et R4533-7), sous condition de mesures compensatoires.
Faut-il chiffrer les installations de chantier au forfait ou au mois ?
Les deux se rencontrent. Séparer l'amenée et le repli (forfaits) de la location et de l'entretien (au mois, avec une quantité cohérente avec le planning) rend la ligne lisible et permet de traiter proprement une prolongation de délai. Un forfait global unique est plus simple à écrire mais laisse ouverte la question de qui supporte les mois supplémentaires.
Pour aller plus loin : compte prorata et CCAP · limites de prestations entre lots · relire son DCE avant diffusion · allotissement et lots multiples.